Sondages du TCS : la question qui fabrique le « non »
En bref :
Chaque année, le TCS met en avant un sondage prétendant que la population suisse serait opposée au 30 km/h. Problème : la question testée (« 30 km/h sur toutes les routes en localité, quel que soit leur type ») ne correspond à aucune politique réelle.
En gommant la différence entre zones 30 de quartier et axes 30 au cas par cas, on obtient mécaniquement un résultat négatif – ensuite largement repris par les médias.
Chaque printemps, les sondages du TCS fleurissent…
Chaque année, le TCS ressort un sondage « choc » pour affirmer que la population suisse serait contre le 30 km/h.

Copie d’écran de la première question du sondage TCS/Linhk de mars 2023, avec traduction :
Quelle est votre position concernant la limitation de vitesse à 30 km/h sur toutes les routes en localité, indépendamment du type de route dont il s’agit ?
(1) Je suis pour
(2) Je suis plutôt pour
(3) Je suis plutôt contre
(4) Je suis contre
Le procédé est pourtant révélateur : la question est formulée de façon à pousser vers un refus, en parlant de « le 30 km/h sur toutes les routes en localité, indépendamment du type de rue ». Autrement dit : on demande aux gens s’ils approuvent une mesure caricaturale que personne ne propose.
« Le 30 km/h doit être la règle partout où la sécurité routière l’exige, y compris sur certains tronçons des routes affectées à la circulation générale (axes principaux) (…) densément bâtis et fréquentés par de nombreux cyclistes et piétons et là où la vie sociale prédomine. »
BPA Bureau de prévention des accidents
Or, en pratique, le débat porte sur tout autre chose. Il s’agit d’abord des zones 30 dans les quartiers d’habitation et sur le réseau secondaire, et c’est largement admis.
Les axes 30 où la vie sociale domine
La controverse réelle concerne surtout les axes 30, c’est-à-dire des portions d’axes principaux où l’on abaisse la vitesse au cas par cas, précisément là où la fonction sociale (habitat, piétons, cyclistes, terrasses, sécurité, santé) domine.
En mettant tout dans le même sac – « 30 km/h sur toutes les routes en localité, quel que soit le type de rue » – le sondage évite cette nuance essentielle et fabrique un « non » facile.

La traversée du village de Bellevue (GE) a été requalifiée afin d’apaiser la circulation et d’améliorer le cadre de vie. La vitesse a été réduite à 30 km/h sur cet axe principal avec plus de 10 000 v/j, de nouveaux arbres structurent l’espace, une piste cyclable sécurise les déplacements à vélo, tandis que le stationnement est organisé sur la berme centrale arborisée. (Rue de l’Avenir)
Dans les médias
Ensuite, la mécanique médiatique fait le reste : on ne retient qu’un chiffre négatif (« 64 % contre »), repris en boucle comme si la question avait été honnête et réaliste. Résultat : un sondage présenté comme une photographie neutre devient un outil de communication. Pour un débat public sérieux, il faut des questions précises, des scénarios plausibles et une présentation complète des résultats – pas une question-piège et un seul pourcentage.
» J’appelle les autorités à abaisser les limitations de vitesse en milieu urbain à 30 km/h (20 mph), là où les piétons et les cyclistes se mêlent aux autres usagers de la circulation. »
Dr Etienne Krug, OMS, lors du lancement de la campagne mondiale de l’ONU en faveur du 30 km/h « Streets for life » dans toutes les villes et villages du monde entier.
À cet égard on peut comparer les sondages du TCS, voir celui de 2023, et ceux de l’ATE, du BPA ou celui de la ville de Paris.

