Washington passe au 30 km/h en urgence

Les villes américaines sont de plus en plus nombreuses à se mettre au régime 30 km/h et aux rues partagées, la crise sanitaire jouant le rôle d’accélérateur des démarches. Ici l’exemple de Washington DC

La maire Muriel Bowser a  annoncé son intention d’abaisser de manière permanente la limite de vitesse par défaut sur les routes locales de 25 miles par heure (40 km/h) à 20 mph (30 km/h) dans le cadre de son initiative « Vision Zéro » visant à éliminer les décès et les blessures graves dans le district. La nouvelle limite de vitesse entre en vigueur le lundi 1er juin 2020.

« Plus les voitures circulent vite dans nos rues résidentielles, plus elles risquent de causer des décès et des blessures graves aux piétons », a déclaré le directeur du DDOT, Jeff Marootian. « Le plan de la maire Muriel Bowser de réduire la limite de vitesse par défaut et d’installer des rues lentes rend nos rues plus sûres, surtout maintenant que les résidents se déplacent pour aller et venir des commerces essentiels, des emplois essentiels, et que les familles font de l’exercice pour soutenir la santé physique et mentale générale pendant la pandémie« .

Source : site du district de Washington

Sensibilisation au 30 km/h. La formule « 20 is plenty » est reprise de l’association britannique du même nom

Décès des piétons en augmentation

« Ces dernières années, le nombre de piétons tués aux États-Unis a fortement augmenté. Au cours de la période de dix ans allant de 2009 à 2018, le nombre de piétons tués a augmenté de 53 % (de 4 109 décès en 2009 à 6 283 décès en 2018) ; en comparaison, le nombre combiné de tous les autres décès dus à la circulation a augmenté de 2 % selon WUSA90.

30 km/h par défaut

Il est à relever que la mesure touchant 60 à 70% du réseau entre en vigueur immédiatement, en urgence (emergency rulemaking). Parallèlement une enquête publique est ouverte.  Le choix retenu pour différencier le réseau à 30 km/h des autres rues est d’une très grande simplicité. Par défaut le district de Columbia (Washington) est à 30 km/h sauf indication contraire.

Les États-Unis n’ont pas signé l’accord de Vienne de 1968 sur la circulation routière, les règles américaines divergents donc de celles des autres pays. Ils ne connaissent notamment pas le système limitation de vitesse par zone ou les rues à priorité piétonne.

D’autres villes américaines ont réduit les limitations de vitesse sur les rues résidentielles. En mars 2020, Minneapolis et St. Paul, au Minnesota, ont abaissé les limites de vitesse sur les rues locales (secondaires) à 30 km/h, tandis que Portland, en Oregon, a pris la même mesure en 2019. C’est aussi le cas de  Boston.

Les « slow streets »

En outre, le le Département du district de Columbia (Washington) va également déployer au moins 30 km de  « Slow Streets » dans les huit quartiers au cours de l’été. Ces rues lentes sont limitées à la circulation locale uniquement et la vitesse maximale est fixée à 15 miles/heure (24 km/h) pour favoriser une distanciation sécurité sûre dans le voisinage, que ce soit à pied, en courant ou à vélo. Les conducteurs ne doivent utiliser une rue lente que si leur destination se trouve à moins de deux pâtés de maisons de la rue lente. Les résidents, les véhicules d’urgence, les livraisons et les véhicules de ramassage des ordures continueront à avoir accès aux rues lentes. Les rues avec des lignes de bus ne seront pas éligibles. Les DC Slow Streets seront en place pendant toute la durée de l’urgence de santé publique, selon la Ville.

Début août la Ville a annoncé – selon WTOP News du 6.08.2020 – la création de 35 km de « rues lentes » supplémentaires  à 20 km/h, typiquement les rues de quartier sans bande médiane marquée.

Rappel des règles des « rues lentes » ou « slow street » : limitation de la vitesse à 24 km/h et suppression du transit

Lire dans le Monde du 27 avril 2020 « Dans la baie de San Francisco, des « slow streets » contre le virus » -Après le « slow food », voilà les « slow streets ». Les rues au ralenti. Place aux vélos, aux marcheurs, aux poussettes, aux enfants. On met la pédale douce. La formule a été lancée le 11 avril à Oakland avec 110 km de rues « rues lentes », en Californie du Nord (…). Certains ironisent déjà : les Américains réinventent la roue – une fois de plus. Que sont en effet les slow streets sinon les bonnes vieilles rues piétonnes des villes européennes ? Certes. Mais au royaume de la « car culture », les quartiers piétonniers sont encore rares (…).

Slow street à San Francisco. Photo SFMTA (San Francisco Transportation Agency)

ON relèvera que les véhicules des riverains peuvent y accéder, on est donc plus proche des Wohnstrassen autrichiennes (pas de transit, utilisation de la chaussée pour la mobilité douce et les activités du quartier. Les riverains peuvent y accéder.), sans la priorité aux piétons européennes.  Les annonces se succèdent de « slow streets » se succèdent dans les villes américaines comme Boston, Colombus,  San Francisco,  Baltimore,. L’avenir nous dira si tendance est durable.

Rues partagées : vocabulaire

Ces rues partagées peuvent porter plusieurs noms : open street (New York en prévoit 160 km), complete street  et slow street, avec des nuances sur l’usage. Living street au Royaume Uni.

En Amérique du Nord, le Québec se démarque avec l’adoption des « rues partagées » 20 km/k et priorité aux piétons, la version québécoise de la zone de rencontre.

Et les « resto-rues »

Le 29 mai 2020, la maire Muriel Bowser et le département des transports du district (DDOT) ont annoncé plusieurs mesures dans le cadre de la redistribution de l’espace public par le District pendant l’urgence sanitaire actuelle liée au coronavirus, y compris la construction de « streateries » (resto-rues). Les restaurants peuvent demander à utiliser l’espace élargi des trottoirs, des allées, des voies de stationnement et des voies de circulation pour les tables.

« Avec des rues lentes et une vitesse réduite, nous pouvons soutenir les résidents et les entreprises en partageant les rues et les trottoirs et en faisant de la place pour la distanciation de sécurité sanitaire qui est essentielle pour ralentir la propagation de la COVID-19« .

« Resto-rues » ou “Streatery” à Tampa, Floride. Photo: Tony Garcia dans Public square

Il s’agit d’une variante des « rues ouvertes » (« open street » où les rues sont fermées aux voitures, sauf les riverains et ouvertes aux terrasses des restaurants afin que les tables puissent être correctement éloignées. Cette tactique permet toujours l’accès aux piétons et aux cyclistes, mais elle donne plus d’espace aux restaurants.

Sources et extraits: site du district de Columbia (Washington) et WUSA90

Pour aller plus loin :

Mode d’emploi ( en anglais) pour créer des « rues lentes » par CalBike, la coalition cycliste californienne

Mise à jour 7 août 2020