Partout, les projets de piétonnisation inquiètent une partie des commerçants. Pourtant, les enquêtes révèlent souvent un décalage entre leurs craintes et les habitudes réelles de leur clientèle. Une nouvelle étude menée à Genève le confirme.

Genève –Pâquis, rue Chaponnière.
Rue commerçante piétonnisée avec succès (Rue de l’Avenir)

Une étude du bureau de recherche 6t, réalisée pour la Ville de Genève, confirme le rôle essentiel de la marche et des transports publics dans la fréquentation des commerces. Elle révèle aussi un décalage important entre les habitudes réelles de la clientèle et la perception qu’en ont les commerçants.

Une clientèle essentiellement de proximité

Comment les Genevoises et les Genevois se rendent-ils dans les commerces ? Pour répondre à cette question, la Ville de Genève a mandaté le bureau de recherche 6t. L’étude, publiée en mars 2025, s’appuie sur les données du Microrecensement mobilité et transports, une enquête auprès de 792 clients dans quatre secteurs commerçants (Rues basses, Eaux-Vives, Servette et Plainpalais) et un questionnaire adressé aux commerçants.

Les résultats confirment l’importance des achats de proximité : 78 % de la clientèle réside en ville de Genève et 93 % dans le canton.

La marche représente à elle seule 46 % des déplacements pour les achats, devant les transports publics (32 %). La voiture et le vélo comptent chacun pour environ 10 %. Ces chiffres concernent l’ensemble de la ville, selon les données du Microrecensement.

Ville de Genève, provenance des chalands (étude 6T pour VdG)

Les piétons dépensent davantage sur la durée

L’un des enseignements les plus intéressants concerne les dépenses de la clientèle. Les personnes venant à pied dépensent généralement moins lors d’un achat que celles qui utilisent une voiture. Mais elles fréquentent les commerces beaucoup plus régulièrement.

En combinant fréquence des visites et montants déclarés, les chercheurs constatent que la dépense mensuelle théorique moyenne des piétons dépasse celle des personnes utilisant les autres modes de déplacement.

La clientèle piétonne contribue donc fortement à la vitalité des commerces de proximité. L’accessibilité à pied et la qualité de l’espace public constituent des enjeux économiques autant qu’urbanistiques.

Les commerçants surestiment le rôle de la voiture

L’étude met également en évidence une différence significative entre les perceptions des commerçants interrogés et les pratiques de leur clientèle. Les premiers surestiment la proportion de clients automobilistes et sous-estiment celle des piétons.

« Il faut en finir avec les fausses croyances qui associent forcément la vie économique au “tout voiture”. »
Frédérique Perler, ancienne maire de la ville de Genève

Ce décalage, déjà observé dans d’autres études européennes, s’explique notamment par la plus grande visibilité de l’automobile et par le fait que les commerçants utilisent eux-mêmes plus fréquemment la voiture.

Ville de Genève, les commerçants surestiment la part de leurs clients utilisant la voiture et sous-estiment celle de la marche (différences situées entre 10 et 20 points). Ces résultats convergents avec les études similaires : invisibilité du piéton contre visibilité de la voiture (Bureau 6T pour la Ville de Genève)

Les inquiétudes exprimées lors des projets de piétonnisation ne correspondent donc pas toujours aux comportements réels des clients.

Genève : en réduisant la place de l’automobile, ces aménagements redonnent vie aux espaces publics et offrent davantage de place et de confort aux piétons

Ville de Genève, place du Petit.Saconnex. Épicerie « de village ». Rue de l’Avenir)

La place accordée aux piétons dans les rues commerçantes genevoises reste un sujet de débat avant la réalisation. Les transformations de la rue de Carouge et de la rue de la Terrassière, ainsi que le projet du boulevard du Mail, suscitent des réactions contrastées, notamment parmi les commerçants.

Plus ambitieux encore, les projets du pôle Cornavin et celui des espaces publics de Rive prévoient une requalification majeure qui vont profondément modifier les espaces publics du centre-ville de Genève., avec davantage de place pour les piétons, de la végétation et une réorganisation de la circulation.

Plusieurs réalisations, notamment les places de la Synagogue, des Rois et du Petit-Saconnex, illustrent déjà avec succès les possibilités offertes par la reconquête de l’espace public au profit des piétons et de la vie de quartier.

Dans ce contexte, l’étude 6t apporte des éléments objectifs pour éclairer les débats sur les conséquences commerciales de ces transformations.

Des rues apaisées favorables à l’activité commerciale

Pour les auteurs de l’étude, l’amélioration de l’accessibilité piétonne et l’apaisement des rues constituent des leviers importants pour renforcer l’attractivité commerciale. Des espaces publics agréables encouragent la promenade, les visites répétées et les achats spontanés.

Cela ne signifie pas qu’il suffit de supprimer la circulation automobile pour garantir le succès commercial. L’étude souligne l’importance de maintenir de bonnes conditions d’accès, notamment pour les transports publics et les livraisons, et de prévenir les conflits entre piétons et cyclistes.

Elle recommande également de poursuivre le dialogue avec les commerçants et d’évaluer les effets des réaménagements.

L’enseignement principal est clair : l’attractivité commerciale d’une rue ne se mesure pas au nombre de voitures qui peuvent y accéder ou y stationner, mais plutôt à son accessibilité à pied. à vélo et en transports publics.

Pour aller plus loin

Mobilité douce et commerces : le dossier de Rue de l’Avenir

La question dépasse largement Genève. Le dossier thématique « Rue de l’Avenir » regroupe plusieurs études et expériences menées en Suisse et à l’étranger. D’Amsterdam à Lille, de Nancy à Berlin, elles permettent de mieux comprendre les relations entre modes de déplacement, aménagement des rues et vitalité commerciale.

Genève : les grands projets de Rive et du pôle Cornavin

Deux transformations majeures vont profondément modifier les espaces publics du centre-ville de Genève.

À Rive, le projet prévoit une vaste requalification du cœur commerçant, avec davantage d’espaces piétons et de végétation.

Autour de la gare Cornavin, la suppression de la circulation automobile de transit, le réaménagement des places et la transformation des axes environnants permettront de créer de nouveaux espaces publics et d’améliorer les déplacements à pied.

Rue de l’Avenir consacre un article détaillé à ces deux projets, qui illustrent une nouvelle manière d’organiser la circulation et de partager l’espace public dans le centre-ville.

Londres : Oxford Street, la rue commerçante la plus fréquentée d’Europe, devient piétonne

Londres, Oxford Street. une grande partie de l’espace est dédié aux nombreux bus et taxis. (Flickr Laurent Ribot)

Avec plus de 500 000 visiteurs quotidiens, Oxford Street démontre que l’intensité de la fréquentation commerciale ne garantit pas la qualité de l’espace public.

À partir du 26 octobre 2026, près d’un kilomètre de cette célèbre artère londonienne sera réservé aux piétons. Le projet vise à réduire les nuisances, à végétaliser la rue et à créer des lieux où les visiteurs auront envie de s’attarder.

Un grand reportage du Guardian retrace les décennies de débats autour de cette transformation et les ambitions du projet.

L’étude genevoise du bureau 6T

Réalisée pour la Ville de Genève et publiée en mars 2025, l’étude analyse les modes de déplacement de la clientèle, les dépenses selon les modes de transport et les perceptions des commerçants.

Le rapport complet et sa synthèse permettent d’approfondir les résultats présentés dans cet article.

Avec l’aide ChatGPT