Au cœur de Londres, une rue commerçante entièrement rendue aux piétons

Depuis le 26 octobre 2026, près d’un kilomètre d’Oxford Street, l’une des rues commerçantes les plus fréquentées d’Europe, est réservé aux piétons. Après plusieurs décennies de discussions et de projets abandonnés, le maire de Londres, Sadiq Khan, est parvenu à concrétiser cette transformation majeure. Mais la suppression de la circulation n’est qu’une première étape : Londres veut faire d’Oxford Street un espace public accueillant, végétalisé et attractif, capable de redonner un nouvel élan à ses commerces.

Une rue victime de son succès

Située au cœur de la zone du péage urbain londonien (Congestion Charge), instauré en 2003, Oxford Street bénéficie depuis longtemps d’une politique de limitation de la circulation automobile. Le péage contribue à réduire le nombre de voitures particulières dans le centre de Londres, tandis que des restrictions spécifiques interdisaient déjà leur circulation sur la partie centrale d’Oxford Street pendant les heures commerciales. La chaussée restait néanmoins largement occupée par les bus et les taxis, malgré une fréquentation piétonne exceptionnelle.

Lire les pages péage urbain et zones environnementales (ULEZ) sur le site de Rue de l’Avenir

Oxford Street figure parmi les artères commerçantes les plus fréquentées d’Europe. Selon les autorités londoniennes, elle accueille quelque 120 millions de visites par année, soit une moyenne de près de 330 000 par jour. Cette fréquentation exceptionnelle s’explique notamment par la remarquable desserte du quartier en transports publics, utilisés par 85 % des visiteurs. Quatre stations donnent accès à six lignes ferroviaires, dont l’Elizabeth line, inaugurée en 2022.

Mais cette fréquentation exceptionnelle contrastait depuis longtemps avec la médiocrité de l’espace public. Les trottoirs étaient régulièrement saturés, tandis que les bus, taxis et autres véhicules occupaient une grande partie de la chaussée.

Londres, Oxford Street avant. une grande partie de l’espace public est dédié aux nombreux bus et taxis. (Flickr Laurent Ribot)

Oxford Street : dix ans de bras de fer politique

La piétonnisation d’Oxford Street illustre les difficultés institutionnelles auxquelles peuvent se heurter les politiques de mobilité urbaine. Dès son arrivée à la mairie de Londres en 2016, Sadiq Khan avait fait de cette transformation une priorité. Mais ses projets se sont heurtés à l’opposition du conseil municipal de Westminster, alors responsable de la voirie.

Pour sortir de l’impasse, le maire a engagé une modification de la gouvernance. En septembre 2025, la responsabilité de la voirie d’Oxford Street a été transférée à Transport for London (TfL), organisme placé sous l’autorité du maire. Une structure spécifique, l’Oxford Street Development Corporation, a également été créée pour piloter la transformation du quartier.

Cette évolution institutionnelle a permis de concrétiser un projet longtemps empêché. Elle montre qu’une politique ambitieuse de reconquête de l’espace public dépend autant de la volonté politique que de la répartition des compétences entre collectivités.
Site du Maire de Londres

Malgré son importance commerciale et touristique, Oxford Street était devenue un environnement peu agréable pour les piétons, marqué par le bruit, la pollution et les difficultés de déplacement.

La rue a également souffert de l’évolution des habitudes de consommation, de la concurrence du commerce en ligne et des conséquences de la pandémie. Plusieurs magasins ont fermé et certains locaux commerciaux sont restés vacants.

La piétonnisation répond donc à un double objectif : améliorer radicalement la qualité de l’espace public et renforcer l’attractivité économique de la rue.

Oxford Circus en 1904
(Wikimedia Louis Levy postcard 1904)

Une transformation longtemps empêchée

L’idée de piétonniser Oxford Street ne date pas d’hier. Plusieurs projets ont été envisagés au cours des dernières décennies, sans parvenir à se concrétiser.

Sadiq Khan, maire de Londres depuis 2016, en avait fait l’une de ses ambitions. Ses premières propositions se sont toutefois heurtées à l’opposition des autorités de Westminster, qui ont la compétence de gérer la voirie.

Pour surmonter ces blocages institutionnels, une nouvelle organisation a été mise en place. En septembre 2025, Transport for London a repris la responsabilité de la voirie d’Oxford Street. Une structure spécifique, l’Oxford Street Development Corporation, a également été créée pour piloter la transformation du secteur.

Les consultations publiques ont confirmé un soutien important au projet, ouvrant finalement la voie à sa réalisation.

Près d’un kilomètre rendu aux piétons

Depuis le 26 octobre 2026, près d’un kilomètre d’Oxford Street, entre Orchard Street et Great Portland Street, est entièrement réservé aux piétons. La transformation concerne notamment Oxford Circus, l’un des carrefours les plus fréquentés du centre de Londres.

Il ne s’agit pas simplement de supprimer les voitures particulières, déjà largement interdites sur la partie centrale de la rue. La principale nouveauté est la disparition des bus et des taxis, qui occupaient jusqu’alors une grande partie de la chaussée.

Le nombre de bus avait toutefois déjà fortement diminué au cours des dix années précédentes, passant de plus de 130 par heure et par direction en 2016 à environ 35 en 2025. Cette évolution a facilité la réorganisation du réseau nécessaire à la piétonnisation.

Les bus sont désormais déviés vers les rues voisines, avec des arrêts situés généralement à quelque 200 mètres du nouvel espace piéton. Les cyclistes doivent également emprunter d’autres itinéraires. Les livraisons restent autorisées dans certaines conditions, entre minuit et sept heures.

La transformation ne concerne pas encore l’ensemble d’Oxford Street, qui s’étend sur près de deux kilomètres

Londres, Oxford Street en 2015 (Rue de l’Avenir)
La foultitude de bus (130 bus par heure et par direction en 2015) et de centaines de taxis montre bien que l’espace piéton est devenu trop restreint par rapport aux centaines de milliers d’usagers à pied.

Piétonnisation et transports publics : un équilibre délicat

La piétonnisation d’Oxford Street a été facilitée par son excellente desserte ferroviaire : quatre stations donnent accès à six lignes du réseau londonien, dont l’Elizabeth line, inaugurée en 2022. Elle a également été préparée par une réduction progressive du nombre de bus, passé de plus de 130 par heure et par direction en 2016 à 35 en 2025.

La fermeture de la partie centrale de la rue concerne donc principalement les bus et les taxis, les voitures particulières y étant déjà largement interdites. Leur déplacement vers les rues voisines permet de libérer un espace considérable pour les piétons, avec des cheminements plus confortables, des traversées facilitées et de nouvelles possibilités de s’asseoir et de se reposer.

Cette transformation soulève néanmoins une question importante : comment garantir l’accessibilité d’une rue entièrement piétonne aux personnes qui dépendent des transports publics, notamment les personnes âgées ou à mobilité réduite ? L’éloignement de certains arrêts de bus impose des trajets supplémentaires à pied. La qualité des cheminements et l’accessibilité des stations constituent donc des conditions essentielles à la réussite du projet.

Oxford Street illustre ainsi un défi majeur des grandes opérations de piétonnisation : concilier la reconquête de l’espace public avec les besoins de déplacement de tous les usagers.

Source : TfL Comment piétonniser : bus, taxis, cyclistes

Cette première étape permet de libérer immédiatement un espace considérable pour les piétons, notamment à proximité d’Oxford Circus, l’un des carrefours les plus fréquentés du centre de Londres.

La transformation ne concerne toutefois pas encore l’ensemble d’Oxford Street, qui s’étend de Marble Arch à Tottenham Court Road. L’objectif est de transformer Oxford Street en une véritable destination urbaine, où l’on vient aussi pour se promener, se rencontrer et profiter de l’espace public.

Bien davantage qu’une rue sans voitures

Le projet ne se limite pas à supprimer la circulation. À partir de 2027, la rue doit faire l’objet d’une transformation paysagère et urbaine ambitieuse.

Plus de 50 arbres seront plantés, plus de 100 places assises aménagées et deux nouvelles places publiques créées. Des espaces de repos, un éclairage amélioré et une nouvelle signalétique doivent contribuer à rendre la rue plus agréable.

Oxford Street en octobre 2026
Mesures provisoires en approche tactique.
Photo : GLA/Caroline Teo

Le maire souhaite également développer des animations culturelles, des concerts, des événements et des activités permettant de prolonger la présence des visiteurs au-delà des seuls achats.

« And that’s just the start » – « Et ce n’est qu’un début »
Sadiq Khan, maire de Londres, le 26 octobre 2026, dans le Guardian.

Sadiq Khan, maire de Londres               (Greater London Authority/Caroline Teo)

 

Pour Sadiq Khan, la piétonnisation marque le début d’une transformation bien plus ambitieuse. Dans une tribune publiée le jour de l’ouverture, le maire de Londres rappelle l’histoire des grands magasins John Lewis et Selfridges, qui avaient fait du commerce une véritable expérience urbaine.

Son ambition est de renouer avec cet esprit en faisant d’Oxford Street un lieu où l’on vient non seulement pour acheter, mais aussi pour se promener, se rencontrer, assister à des événements culturels et profiter de nouveaux espaces végétalisés.

« Et ce n’est qu’un début », souligne le maire, qui annonce une transformation progressive de la rue à partir de 2027.
Source : The Guardian du 26.10.26 Rubrique opinon – We’ve made Oxford Street traffic-free – and that’s just the start. Soon there’ll be green spaces for arts and music too

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Piétonnisation et vitalité commerciale

La transformation d’Oxford Street constitue une nouvelle illustration du changement de regard porté sur les relations entre mobilité et commerce.

Longtemps, la circulation automobile a été considérée comme indispensable à la prospérité des rues commerçantes. Aujourd’hui, de nombreuses expériences montrent qu’un environnement agréable pour les piétons peut au contraire renforcer l’attractivité commerciale.

Oxford Circus à l’heure de pointe du soir, avant la piétonnisation. Les piétons se pressent aux traversées du carrefour, tandis que les bus et les taxis (en arrière plan) circulent encore sur Oxford Street. Photo : Anthony O’Neil / Wikimedia Commons

Les piétons, un atout pour les commerces

Avec plus de 500 000 visiteurs quotidiens, Oxford Street constitue un laboratoire exceptionnel pour étudier les relations entre piétonnisation et activité commerciale.

Le projet vise notamment à enrayer la dégradation de l’attractivité de cette artère historique, confrontée à la concurrence du commerce en ligne, à l’évolution des habitudes de consommation et à la multiplication des locaux vacants.

Les autorités londoniennes espèrent que l’amélioration de l’espace public incitera les visiteurs à prolonger leur séjour et à fréquenter davantage les commerces.

Cette ambition rejoint les conclusions de nombreuses études européennes : les piétons constituent une clientèle essentielle des centres-villes, tandis que la qualité de l’environnement urbain joue un rôle déterminant dans leur attractivité.

Les effets économiques de la transformation d’Oxford Street devront néanmoins être évalués dans la durée. L’expérience londonienne constituera un cas d’étude particulièrement intéressant pour les villes qui envisagent de rendre leurs rues commerçantes aux piétons.
Source : voir le thème commerces et mobilité douce sur le site de Rue de l’Avenir

À Oxford Street, les autorités londoniennes espèrent que la piétonnisation favorisera la fréquentation, prolongera la durée des visites et encouragera de nouveaux investissements.

Ces bénéfices restent toutefois à mesurer. La transformation constitue à cet égard une expérience particulièrement intéressante, dont les résultats pourront être suivis dans les prochaines années.

Un projet emblématique pour Londres

La piétonnisation d’Oxford Street s’inscrit dans une politique londonienne plus large visant à réduire les nuisances de la circulation et à améliorer la qualité des espaces publics.

Elle complète notamment les politiques de réduction de la pollution automobile, les zones à faibles émissions et les démarches Healthy Streets développées par Transport for London (TfL).

Le Guardian : « Concevoir les villes pour les personnes, pas pour les voitures. »

Dans un éditorial publié le 25 octobre 2026, à la veille de la piétonnisation d’Oxford Street, le grand quotidien britannique The Guardian prend clairement position en faveur d’une ville moins dépendante de l’automobile.

Sous le titre « Les villes devraient être conçues pour les personnes, et non pour les voitures », le journal considère que la transformation d’Oxford Street doit devenir un exemple pour rendre les villes plus vertes, moins encombrées et plus agréables à vivre.

L’éditorial dépasse largement le cas de cette rue commerçante. Il rappelle que les bénéfices de la piétonnisation ne se limitent pas aux commerces : réduction de la pollution, amélioration de la qualité de vie et reconquête de l’espace public sont tout aussi importantes.

Le Guardian aborde également deux arguments fréquemment opposés aux politiques de réduction de la circulation automobile.

D’une part, il souligne que la diminution de l’utilisation de la voiture suppose une amélioration parallèle des transports publics. D’autre part, il rappelle que la suppression de la circulation sur certaines rues ne provoque pas nécessairement un report équivalent sur les rues voisines : une partie des déplacements automobiles peut disparaître ou être remplacée par d’autres modes.

Cette prise de position est significative. Elle montre que la réduction de la place de l’automobile n’est plus seulement une revendication des associations environnementales ou des spécialistes de la mobilité, mais qu’elle trouve également un soutien explicite dans les pages éditoriales de grands médias généralistes.

Source : éditorial du Guardian du 25 octobre 2026

Au-delà de sa dimension commerciale, la transformation d’Oxford Street illustre une évolution fondamentale : dans les rues les plus fréquentées, la priorité doit revenir aux personnes plutôt qu’aux véhicules.

Le projet montre également que la reconquête de l’espace public nécessite parfois de surmonter des obstacles politiques et institutionnels considérables.

Pour aller plus loin

Analyses, reportage et prises de position dans le Guardian

  • The Guardian – « Everyone hates Oxford Street. Will pedestrianisation save it? » (22 octobre 2026
    Une grande enquête de Dan Hancox sur l’histoire d’Oxford Street, son déclin relatif et les décennies de controverses entourant sa piétonnisation. Un reportage particulièrement intéressant pour comprendre les enjeux commerciaux, sociaux et politiques de la transformation.
  • The Guardian – « Cities should be designed around people, not cars » (25 octobre 2026)
    Dans cet éditorial, le quotidien britannique soutient explicitement la réduction de la place de l’automobile en ville. Il aborde les bénéfices de la piétonnisation, les reports de circulation, l’importance des transports publics et les enseignements des quartiers à circulation limitée.
  • Sadiq Khan – « We’ve made Oxford Street traffic-free – and that’s just the start » (The Guardian, 26 octobre 2026)
    Le maire de Londres présente sa vision de l’avenir d’Oxford Street. Au-delà de la suppression de la circulation, il souhaite transformer la rue en une destination urbaine attractive, associant commerces, espaces verts, culture et convivialité.
  • The Guardian, les chalands louent la piétonnisation d’Oxford Street
    Le premier jour, le 27 octobre, un reportage présente les premières réactions des piétons, commerçants et usagers.

Documents officiels

  • Greater London Authority – Oxford Street Transformation
    Le dossier officiel de la mairie de Londres rassemble les principales informations sur le projet, les résultats des consultations publiques, les documents de planification et les étapes de sa réalisation.
  • Transport for London – Oxford Street : consultation sur les transports et la voirie (2025–2026)
    Une documentation détaillée sur les conséquences de la piétonnisation pour les déplacements : réorganisation des lignes de bus, accès des taxis, livraisons, circulation dans les rues voisines et accessibilité pour les personnes à mobilité réduite.
  • Transport for London – Walking and Wheeling Action Plan (2026)
  • Le plan d’action londonien en faveur de la marche et des déplacements utilisant des aides à la mobilité.
    Il replace la piétonnisation d’Oxford Street dans une politique plus large d’amélioration des espaces publics et de réduction de la circulation motorisée.
  • Oxford Street Development Corporation – Oxford Street sans voiture – communication officielle 26.10.2026

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