La Conférence des villes suisses pour la mobilité lie réduction des vitesses, végétalisation et adaptation climatique
Face aux canicules de plus en plus fréquentes, les villes suisses veulent davantage de marge de manœuvre pour transformer leurs rues. Pour les responsables de la mobilité des villes réunis au sein de la Conférence des villes pour la mobilité (CVM), le 30 km/h constitue une mesure clé : en réduisant l’espace nécessaire à la circulation automobile, il permet de libérer des surfaces pour les arbres, la végétalisation et des espaces publics de meilleure qualité.

La traversée de Bellevue (GE) a été entièrement requalifiée pour apaiser la circulation et améliorer le cadre de vie. La vitesse est désormais limitée à 30 km/h sur cet axe principal. La réduction de la largeur de la chaussée et le transfert du stationnement sur la berme centrale ont permis de végétaliser la route de Lausanne, de planter de nouveaux arbres et de créer deux pistes cyclables. L’espace routier ainsi réorganisé fait davantage de place à la végétation et aux différents usages de la rue. (Rue de l’Avenir) Voir l’album de photos.
Le 30 km/h libère de l’espace
Le changement climatique pose un défi particulier aux villes. Les grandes surfaces asphaltées et imperméabilisées accumulent la chaleur et contribuent à la formation d’îlots de chaleur. Pour y répondre, les villes cherchent à planter davantage d’arbres, à désimperméabiliser les sols et à créer des espaces verts.
Sur un kilomètre de rue, le passage de 50 à 30 km/h peut libérer plusieurs centaines de mètres carrés pour la végétalisation.
Conférence des villes pour la mobilité (CVM)
Mais l’espace disponible est rare. La Conférence des villes pour la mobilité établit ainsi un lien direct entre politique des vitesses et adaptation climatique.
À 30 km/h, les rues peuvent être aménagées de manière plus compacte qu’à 50 km/h. Les largeurs nécessaires à la circulation peuvent être réduites et l’espace ainsi récupéré affecté à d’autres usages. Selon la CVM, sur un kilomètre de rue, le passage de 50 à 30 km/h peut libérer plusieurs centaines de mètres carrés pour la végétalisation.
Ces surfaces peuvent accueillir des arbres, des bandes végétalisées ou des sols perméables. Elles peuvent également améliorer les conditions offertes aux piétons et aux cyclistes et contribuer à rendre l’espace public plus agréable.
Adaptation climatique et mobilité vont de pair
Pour Esther Keller, conseillère d’État de Bâle-Ville et présidente de la CVM, les deux politiques ne peuvent plus être considérées séparément : « L’adaptation au climat et la politique des transports doivent aller de pair. »
Cette position s’inscrit dans une réflexion menée depuis plusieurs années par la CVM sur l’utilisation de l’espace public. Dans les villes denses, la surface disponible est limitée et doit répondre à des besoins toujours plus nombreux : déplacements, séjour, végétation, protection contre la chaleur, terrasses, jeux ou encore gestion des eaux de pluie.
La réduction des vitesses prend dès lors une dimension qui dépasse la seule sécurité routière ou la lutte contre le bruit. Elle devient également un instrument d’aménagement urbain et d’adaptation au changement climatique.

Berlin, zone 30 et végétalisation sur l’Oderbergerstrasse (Rue de l’Avenir) Voir l’album de photos.
Des rues plus vertes… et plus fraîches
La demande de la CVM s’appuie sur un constat aujourd’hui bien documenté : les rues et les grandes surfaces minérales participent à la surchauffe urbaine. L’arborisation agit à la fois par l’ombre portée et par l’évapotranspiration, tandis que la désimperméabilisation favorise la présence d’eau dans les sols et le développement des arbres. Une revue internationale de 248 études consacrées aux axes routiers confirme l’intérêt de combiner couverture arborée et gestion de l’eau. Les travaux récents montrent également que toutes les formes de végétalisation ne se valent pas : pour améliorer le confort thermique des piétons, l’ombre procurée par de grands arbres joue un rôle déterminant.
Le lien établi par la CVM entre 30 km/h et adaptation climatique prend ici tout son sens : réduire l’espace nécessaire à la circulation permet de rendre aux arbres, à l’eau et aux usages de l’espace public une partie des surfaces aujourd’hui minéralisées.
Voir la rubrique « Pour aller plus loin ci-dessous »
Les villes demandent davantage de liberté
La CVM se montre parallèlement critique envers les obstacles imposés aux villes. Elle estime que la Confédération et plusieurs cantons ont rendu plus difficile ces dernières années l’introduction du 30 km/h.
Elle leur demande de ne plus entraver ou bloquer les projets communaux. Pour les villes, les autorités locales doivent pouvoir choisir les mesures les mieux adaptées à leurs rues et à leurs quartiers.
La CVM ne limite toutefois pas sa réflexion à la vitesse. Elle demande également de donner la priorité aux transports publics, de réduire la circulation individuelle motorisée et d’améliorer le taux d’occupation des véhicules. Elle plaide en outre pour une stratégie nationale de tarification de la mobilité fondée sur le principe de causalité.
Le message adressé aux autorités fédérales et cantonales est donc plus large : pour adapter les villes au changement climatique, il faut leur permettre de réorganiser l’espace aujourd’hui consacré à la circulation automobile.
Qu’est-ce que la Conférence des villes pour la mobilité ?
La Conférence des villes pour la mobilité (CVM) – Städtekonferenz Mobilität (SKM) en allemand – réunit des villes suisses autour des questions de mobilité urbaine. Créée en 2010 par 17 villes, elle est une section de l’Union des villes suisses.
Elle trouve son origine dans la Charte pour une mobilité urbaine durable, lancée la même année par Bâle, Lucerne, Saint-Gall, Winterthour et Zurich et rapidement signée par plus de 50 villes et communes.
La CVM constitue à la fois une plateforme d’échange d’expériences entre villes et un interlocuteur politique à l’échelle nationale. Elle travaille notamment sur le 30 km/h, les transports publics, la marche et le vélo, l’utilisation de l’espace public, le stationnement, la mobilité partagée et les politiques climatiques.
Elle est présidée par Esther Keller, conseillère d’État de Bâle-Ville et cheffe du Département des constructions et des transports.
Pour en savoir plus : site de la Conférence des villes pour la mobilité et Union des villes suisses.
Sources :
- Conférence des villes pour la mobilité – site officiel en français / Espaces publics et mobilité / Mobilité et climat
- Dépêche Keystone-ATS en français (Swissinfo) ·
- Article de la RTS du 1er septembre 2026
Pour aller plus loin
- Rue-jardins, jardins de façades, ombrières, quartiers et rues vertes et apaisées, éco-quartiers, parcs et promenades
Voir le thème « nature en ville – climat » sur notre site et dans notre photothèque avec plusieurs centaines de photos gratuites, libres de droit et en haute défintion sur le thème de la nature en ville.

Anvers, rue jardin et zone de rencontre (Rue de l’Avenir) Voir le 40 photos de la rue-jardin de la zone de rencontre Lange Ridders
- Huit idées reçues sur le 30 km/h sur les axes principaux. Réponse en huit videos de la Conférence des villes pour la mobilité (CVM). Consulter la page de la CVM
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végétaliser les rues pour rafraîchir la ville
OFEV – Quand la ville surchauffe
Le guide de l’Office fédéral de l’environnement est consacré à l’adaptation des villes suisses aux fortes chaleurs. Il met notamment en avant l’arborisation, les espaces verts et ouverts, l’ombrage et la réduction des surfaces imperméabilisées. L’OFEV propose également un guide spécifique sur les espaces verts et ouverts adaptés au climat.
OFEV – Villes et communes face aux changements climatiques -
Lausanne – Objectif canopée
Lausanne mène depuis plusieurs années une politique particulièrement ambitieuse d’arborisation et de requalification de l’espace public. La Ville vise une couverture de canopée de 30 % de la zone urbaine en 2040, contre 20 % en 2012. Pour les rues et avenues, l’objectif est de doubler la couverture arborée, de 10 à 20 %. Cette politique s’inscrit dans une démarche plus large de transformation des espaces publics et d’adaptation de la ville au changement climatique. Rue de l’Avenir avait décerné son Prix 2017 à la Ville de Lausanne pour sa politique en faveur de la qualité des espaces publics et leur végétalisation.
Lausanne, objecti canopée sur le site de Rue de l’Avenir -
Canton de Genève – Stratégie d’arborisation de l’aire urbaine genevoise
Une référence intéressante suisse et locale. Genève vise à développer fortement la canopée urbaine. Le Canton indique qu’en période de canicule, une prairie plantée d’arbres peut abaisser la température ambiante de plus de 3 °C par rapport aux surfaces voisines. La couverture arborée de l’aire urbaine genevoise est actuellement d’environ 23 %.
Genève – Stratégie d’arborisation de l’aire urbaineCerema – programme Sésame, Services écosystémiques rendus par les arbres
Le programme français Sésame est particulièrement utile pour passer de l’affirmation « il faut planter des arbres » à la question « quels arbres, à quel endroit et pour quels effets ? ». Il étudie les services rendus par différentes espèces en milieu urbain — notamment régulation du climat, qualité de l’air et biodiversité — ainsi que leurs contraintes.
Cerema – Sésame et ses ressources documentairesADEME – Plus fraîche ma ville
L’ADEME rassemble les connaissances et retours d’expérience concernant les différentes solutions de rafraîchissement : arbres, végétalisation, gestion de l’eau, désimperméabilisation, ombrage, etc. Point intéressant : l’agence insiste sur la nécessité de combiner les solutions, plutôt que de considérer la végétalisation comme une recette universelle.
ADEME – Végétalisation urbaineMirabi & Davies – Mitigating urban heat along roadways: systematic review of impact and practicability, Urban Climate, 2024
C’est la référence scientifique la plus directement liée au communiqué de la CVM. Les auteurs ont analysé 248 études consacrées aux routes et rues. Leur conclusion est que l’augmentation de la couverture arborée et les dispositifs de gestion de l’eau peuvent modifier sensiblement le microclimat des axes routiers. Les possibilités sont particulièrement importantes dans les rues locales, mais la végétalisation des terre-pleins peut également rafraîchir les grands axes.
Consulter l’étude dans Urban ClimateWu, Mashhoodi & Patuano – Effective street tree and grass designs to cool European neighbourhoods, Urban Climate, 2025
Cette étude est particulièrement parlante puisqu’elle porte sur des quartiers européens de climat tempéré. Les simulations montrent surtout que tous les types de végétalisation ne se valent pas : l’herbe seule a un effet relativement faible sur le confort thermique, tandis que les arbres de rue procurant de l’ombre sont beaucoup plus efficaces. L’étude estime une réduction de l’indice de confort thermique PET pouvant atteindre 8,7 °C dans certains scénarios arborés — ce qui ne signifie évidemment pas une baisse équivalente de la température de l’air.
Consulter l’étude dans Urban Climate
Sythèse et bibliographie rédigés avec l’aide ChatGPT
