Les aînés dans l’espace public

En 2040, 14% de la population mondiale aura plus de 65 ans. En Suisse, selon les derniers scénarios de l’évolution de la population publiés par l’Office fédéral de la statistique (OFS) en 2015, ce taux s’élève actuellement à 18% et passera à environ 23% en 2030 et 26% en 2045. Alors que la Suisse comptait 1,5 million de personnes âgées de 65 ans ou plus fin 2014, les scénarios de l’OFS prévoient une forte augmentation de cette tranche d’âge d’ici 2045 par rapport aux autres catégories, qui fera atteindre le nombre de 2,7 millions de personnes âgées de 65 ans ou plus d’ici 2045. Cet accroissement est dû à deux facteurs principaux : l’arrivée des générations les plus nombreuses du baby-boom à l’âge de la retraite et l’espérance de vie de plus en plus élevée des personnes de 65 ans ou plus. À noter que le rapport de dépendance des personnes âgées, c’est-à-dire le nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, s’élèvera presque à 50% en 2045 ! C’est dire l’importance de se préoccuper des aînés dans les aménagements existants et projetés.

(pour aller plus loin : www.admin.ch.

Les aînés sont des usagers spécifiques de l’espace public, qui ont des ressources, liées aux temps dont elles disposent, à leur adaptation et à leur expérience, mais aussi des vulnérabilités particulières, très diverses selon leur situation de vie et leur état de santé. Les principales difficultés liées à l’âge peuvent être la diminution de l’acuité auditive et visuelle, une réduction de la mobilité et de la rapidité des déplacements et des réactions, des troubles de la mémoire, de l’hypertension, de la fatigue parfois liée à la prise de médicaments, etc.

(pour plus de détails : mobilitepietonne.ch.

Ces différentes altérations ont des conséquences sur les pratiques de mobilité. Plus que l’âge biologique, il y a des moments clés de l’existence qui induisent des changements importants dans la manière de vivre et de se déplacer. Cessation des activités professionnelles, arrêt de la conduite automobile, état de dépendance ou encore perte de l’entourage proche ou de repères. Le nombre de déplacements quotidiens, tous modes confondus, diminue avec le vieillissement. La part modale de la marche augmente et le territoire de vie se rétrécit. Plusieurs stratégies sont employées par les seniors. Soit ils s’adaptent en modifiant leurs parcours ou en y renonçant, soit ils résistent avec la volonté de se déplacer malgré les difficultés, ce qui engendre potentiellement des prises de risques.

Ces étapes de vie ainsi que l’état de santé sont déterminants pour l’entrée dans la fragilité, et ont un impact sur le risque d’accident des aînés, notamment en tant que piétons, et leurs conséquences. Selon le Baromètre bpa de la sécurité routière 2017, le nombre de dommages corporels graves subis par les usagers de la route s’est maintenu à un haut niveau chez les 65 ans et plus, alors qu’il a baissé au cours des dix dernières années pour les usagers de moins de 65 ans. Les personnes âgées de plus de 75 ans représentent la moitié de tous les piétons tués lors d’un accident de la route. De par la vulnérabilité physique accrue des aînés, les conséquences d’un accident seront également plus graves que pour une personne plus jeune.

(consulter le Baromètre bpa de la sécurité routière 2017 : www.bfu.ch)

Malgré ces risques, les besoins de déplacement des aînés sont importants : faire ses achats, se balader, participer à la vie sociale, rester autonome et indépendant, etc. sont autant de raisons de se déplacer qui montrent l’importance de l’accès à la mobilité et de la qualité du cadre de vie. Les besoins en matière d’aménagements urbains et de sécurité des déplacements sont élevés, même s’ils sont souvent encore peu connus et identifiés. Les éléments identifiés comme importants pour favoriser la mobilité des aînés sont notamment les suivants :

  • Présence de services de proximité, de commerces dans le quartier où ils habitent
  • Bonne desserte par transports publics (également le dimanche ou en soirée, ou dans les zones excentrées et périphériques).
  • Aménagements urbains soignés et accueillants (présence de bancs publics, de passages piétons, bon éclairage, etc.).
  • Sécurité routière accrue (modération du trafic routier, développement de zones 30 et/ou de zones de rencontre).
  • Présence de parcs, de lieux de rencontre, d’espaces de nature

En ville, les quartiers centraux disposent généralement de plusieurs de ces caractéristiques. En périphérie ou dans les villages, les équipements et la desserte sont souvent moindres, et il est donc souvent plus difficile de se passer de voiture. Il est donc nécessaire d’identifier les besoins des aînés également dans ce type d’espaces, ainsi que d’y mettre en œuvre les mesures adéquates pour favoriser une bonne qualité de vie de ces personnes.